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J’ai tracé mon premier trait calligraphe à l’âge de 8 ans. Un long cheminement commence alors durant lequel j’apprends à peindre en maîtrisant les techniques picturales classiques chinoises tel que le jeu d’encre et de l’eau sur papier chinois. Le pinceau, mais aussi le bois, l’argile et la pierre deviennent les alliés de mon expression artistique. Je quitte la Chine pour la France. Nourrie de ces deux cultures, vient alors le moment de définir mes pratiques d’arts plastiques : j’oriente donc mes recherches vers le spirituel et le spontané. J’étudie de façon plus approfondie la philosophie taoïste et bouddhiste, la sociologie, l’histoire…Très curieuse et passionnée de nature, mon projet artistique, enrichi de toutes ces expériences diverses, s’oriente définitivement vers l’Élan vital. Je tiens aujourd’hui mon équilibre à la juste frontière entre la maîtrise de l’encre et du pinceau (technique traditionnelle de la peinture chinoise) et ce que je nommerai l’abandon du pinceau, me réservant ainsi la liberté de transgresser librement cette frontière. Car pour moi, la maîtrise du pinceau est une libération incontournable aux exercices cérébraux des contraintes matérielles. Mais l’abandon de cette maîtrise ouvre paradoxalement la porte à une autre liberté grâce à la spontanéité. Je cherche ainsi le lien entre les trois souffles vitaux, le vide médian et la théorie de l’unique trait du pinceau de Shitao (1641-1719). Mes peintures sont une sorte d’abandon de l’ordre esthétique et pictural à la métaphysique. Elles évoquent des paysages soit chaotiques en conflits violents et désordonnés, soit plongés dans une sorte de plénitude harmonieuse enfouie. J’invite obstinément à visiter mon « Non-dit », à pénétrer dans ce donnant lieu de toutes les possibilités vers l’émergence. Cet instant d’épanouissement est englouti par le Vide-médian qui possède l’ultime pouvoir de la création sans jamais se figer. Chacune de mes peintures est un dialogue permanent entre le « Soi » et le « Non soi ». « La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel. (L'être) sans nom est l'origine du ciel et de la terre ; avec un nom, il est la mère de toutes choses. C'est pourquoi, lorsqu'on est constamment exempt de passions, on voit son essence spirituelle ; lorsqu'on a constamment des passions, on le voit sous une forme bornée. C'est la porte de toutes les choses spirituelles. »